La lettre au Père Noël en marseillais
“La lettre au Père NoĂ«l en marseillais” par MĂ©dĂ©ric Gasquet-Cyrus
Adieu, Papa Noël (adieu, chez nous, ça veut dire «bonjour»).
Adieu, Papa Noël, qué mé dis ? Bien ou bien ? Pasque ma
foi, ici, c’est un peu le oaĂŻ. Bien sĂ»r y’a pire ailleurs,
y’a un moulon de pays oĂą le sang coule Ă flots, oĂą les gens s
ont dans une misère inimaginable, peuchère. Mais bon, entre
l’OM, les travaux du tramway, les bouchons monstres oĂą dĂ©gun
ne peut plus bouger dans les rues de Marseille, les
emboucanades politiques et les rues couvertes de bordilles,
Marseille, c’est pas vraiment le pays merveilleux des lutins.
Non, je vais pas rouméguer, je vais pas marronner auprès de
toi, pasqu’en plus j’imagine que tu dois ĂŞtre en train de
t’escagasser Ă prĂ©parer tout ce qu’il faut, Ă gansailler ces
mouligas de lutins pour qu’ils se bougent le tafanĂ ri, et
même à préparer ton costume, parce que tu vas pas descendre
habillé comme un chapacan ; je sais que tous les 24 décembre
tu donnes un coup de pied dans l’armoire Ă glace et tu
t’habilles trop mĂ©chamment.
Bon, alors je vais pas te mettre la tĂŞte grosse comme une
coucourde, ni faire la viole avec toutes mes paroles, mais
il faut quand mĂŞme que je t’explique. J’ai pas Ă©tĂ© très
sage. Pas mĂ©chant, non. Mais j’ai fait des cagades, je me
suis manqué en pagaille, je me suis souvent engatsé pour
rien, j’ai Ă©tĂ© parfois une vraie feignasse, j’ai remis au
lendemain des trucs que je pouvais faire d’entrĂ©e, je me
suis mis dans des engĂ mbis pas possibles, je me suis parfois
encagnĂ© alors que dĂ©gun ne voulait m’emboucaner, j’ai cassĂ©
les amandons Ă des gens qui me voulaient du bien, et en
plus, au lieu de rester modeste, j’ai eu tendance Ă faire le
cĂ cou et Ă vouloir toujours avoir raison. Bref, j’ai fait
le pagalènti toute l’annĂ©e.
Du coup, je vais pas marquer-mal en te demandant plein de
cadeaux, mais juste une chose, Papa Noël. Depuis que je suis
minot, je sais que tu mets de la magie de longue dans le
cœur des gens. Alors cette année encore, même si sur Terre
tout part en biberine et si moi, de mon côté, je me comporte
comme un vrai tchapacan, fais-moi encore un petit cadeau :
mets un peu de magie sur nos jours et dans nos cœurs,
surtout pour les pitchouns, tu serais brave.
Allez vaï, mets bien ton capèou que tu risquerais de
prendre froid, et ça me ferait de peine.